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mythologie : jupiter

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mythologie : jupiter

Message par Maldoror le Ven 15 Juil 2005 - 18:48

Le mythe grec de la création du monde tel que, pour la première fois, il est rapporté par le poète Hésiode au viiie siècle av. J.-C., démarre sur un constat brutal : au commencement était le Chaos. À quoi ressemblait-il ? Pourquoi était-il là ? Nous n’en saurons pas plus. Nous n’apprendrons rien non plus sur la manière dont ce Chaos s’y est pris pour donner le jour à une jolie brochette d’entités : Gaïa, la Terre, Tartare, le monde des morts, Érèbe, l’obscure lueur qui baigne le monde souterrain, la Nuit et le radieux Éros, l’amour. Bizarrement, l’Air et le Jour sont nés des œuvres des sombres Érèbe et Nuit. Dédaignant la progéniture de l’informe Chaos, la belle, solide et plantureuse Gaïa a préféré avoir un enfant seule. Elle met au monde celui qui deviendra à la fois son époux et la résidence éternelle des dieux : Ouranos, le Ciel. Tous deux s’accouplent frénétiquement et donnent naissance à une splendide lignée de monstres. Trois de leurs enfants, dotés chacun de cent mains et de cinquante têtes, sont tout juste bons pour la poubelle. Ouranos s’en débarrasse d’ailleurs prestement, en les enfermant à triple tour dans un lieu tenu secret. Les trois gosses suivants, les Cyclopes, sont à peine moins décevants : trois géants aussi hauts que des montagnes et dotés de la force d’un ouragan, avec un seul œil au milieu du front. Ils sont suivis par douze autres mômes qui, heureusement, restaurent la confiance perdue d’Ouranos en ses gamètes : ce sont les très réussis Titans, dont les principaux représentants sont Océan, Téthys, Japet, Hypérion, Cronos (le Saturne des Romains), Rhéa, Thémis (la Justice), Mnémosyne (la Mémoire).
Fâchée par le traitement que son époux a réservé à ses trois premiers rejetons, Gaïa appelle sa marmaille à la rescousse et la somme de venger ses hideux frangins. Pas vraiment emballés, Cyclopes et Titans se défilent… sauf le petit dernier, Cronos. Il tend un piège à son père, à qui il coupe l’objet du délit. Mais même privé des attributs essentiels à la reproduction, Ouranos trouve le moyen de faire encore tout un tas d’enfants : les Géants et les Érinyes (ou Furies), une bande de folles furieuses chargées de harceler les méchants de ce monde, naissent de son sang.
Le meurtre du père ne fait rien pour calmer la véritable frénésie sexuelle et incestueuse qui semble s’être emparée de tous les protagonistes de cette histoire depuis le commencement des temps. Les Titans fricotent allègrement entre eux et peuplent la création de leur descendance. La Lune (Séléné) et le Soleil (Hélios), par exemple, sont le fruit des entrailles d’Hypérion.
Sachant quel fils modèle il a été, Cronos ne se sent pas trop la fibre paternelle. Il opte pour une méthode de contraception radicale : il prie son épouse, sa sœur Rhéa, de lui remettre chacun de leur nouveau-né, qu’il avale tout rond. L’un après l’autre, Poséidon (dieu de l’océan), Déméter (protectrice de l’agriculture), Hestia (déesse du foyer), Héra (patronne des femmes enceintes) et Hadès (maître des morts) finissent dans son estomac, avant que Rhéa décide que c’en est trop. Elle planque en lieu sûr son sixième rejeton, Zeus, enveloppe un caillou dans un linge et l’apporte à Cronos. Le Titan n’en fait qu’une bouchée. Devenu adulte et costaud, Zeus décide bien sûr de se venger. Aidé par mamie Gaïa, il oblige Cronos à régurgiter ses frères et sœurs, pierre comprise. Il libère ensuite les trois cauchemars d’Ouranos, qu’il entraîne avec lui dans une guerre féroce contre les Titans. Naturellement, Zeus les écrabouille. La compassion et le pardon n’ayant jamais été son fort, il condamne ses taties, tontons, cousins et cousines renégats à de lourdes peines. Le sort le plus atroce est sans doute celui réservé à Atlas, le fils de Japet : porter éternellement sur son dos et ses épaules tout le poids de la Terre et du Ciel.
À peine le temps de souffler, et Zeus doit reprendre les armes — le tonnerre et la foudre — contre le monstre Typhon, énième abomination enfantée par Gaïa, et la tribu révoltée des Géants. Le premier finit découpé en rondelles et les seconds sont précipités dans le Tartare.
Débarrassé de l’engeance dégénérée du Ciel et de la Terre, Zeus s’autoproclame maître du monde et établit ses quartiers généraux dans l’Olympe, majestueuse et hypothétique montagne située aux confins du monde. Protégé par sa divine fratrie et sa foudre redoutable, il peut enfin s’adonner à son sport favori : la drague. Officiellement, Zeus est l’époux d’Héra avec qui il a eu au moins un fils, le dieu de la guerre Arès. Officieusement, il est à la tête d’un véritable harem. Déesse, nymphe, simple mortelle, sœur, cousine germaine ou grande tante, il n’est pas regardant, pourvu que la femme soit gironde. Avec sa sœur Déméter, il conçoit une petite Perséphone. Artémis et Apollon sont le fruit de ses amours avec Léto, la fille de deux Titans. Mnémosyne lui donne neuf ravissantes Muses (dont Uranie, la protectrice de l’astronomie). Zeus ne recule devant aucun artifice, aucune ruse pour satisfaire une libido déchaînée. Il se transforme en cygne pour séduire Léda, à qui il laisse un petit souvenir : les jumeaux Castor et Pollux. Il prend la forme d’un splendide taureau pour conquérir Europe et pousse le vice jusqu’à prendre les traits du mari de la belle Alcmène, Amphitryon, afin de se glisser dans ses draps. Il triple d’ailleurs la durée de la nuit, histoire de savourer sa trop facile victoire, et Alcmène se retrouve enceinte d’un joli Hercule. Zeus se métamorphose en pluie d’or pour pénétrer dans la pièce où est enfermée la ravissante Danaé, à qui il lègue un splendide Persée. Lequel Persée, devenu grand, coupe le kiki de l’horrible Méduse, avant de voler à bord du cheval ailé Pégase à la rescousse de la pauvre Andromède, offerte en pâture à la Baleine, parce que sa mère Cassiopée a offensé Poséidon. Ouf ! Enfin, le chef de l’Olympe ne dédaigne pas les beaux garçons et il envoie son aigle enlever Ganymède, qui lui sert désormais d’échanson. Bref, Zeus a semé à tout vent, ce qui rend Héra hystérique. Elle fait tout pour pourrir la vie de ses malheureuses rivales et de leurs bâtards. Elle envoie un taon harceler la pauvre Io, transformée en vache, et elle métamorphose la trop belle nymphe Callisto, maîtresse éphémère de Zeus, en ourse.
Hercule, Persée, Andromède, l’Aigle, Le Cygne, le taureau, les Gémeaux, la Grande Ourse… Une bonne partie des constellations figurant sur nos cartes du ciel ne sont finalement que le produit d’une divine paire de pomponnettes. Loin de nous l’idée de vouloir remettre en cause ce parcours sexuel proprement olympique, mais nous sommes en droit de nous demander qui, des constellations ou de Zeus, était là avant l’autre ? En d’autres termes, est-ce le ciel qui a créé le mythe, ou le mythe qui a été plaqué sur le firmament ? Ce qui nous renvoie à la question à cent astres : pourquoi ? Comment les constellations ont-elles été inventées ?
Par une belle nuit bien sombre et pure comme devaient en connaître nos ancêtres, certaines constellations — la Grande Ourse, Orion — sont visibles comme le nez au milieu de la figure. Rien n’interdit de penser que, par jeu, nos aïeux se soient amusés à relier grâce au fil ténu de l’imagination chacune des étoiles qui composent ces groupes remarquables, puis à comparer les silhouettes ainsi esquissées à des objets ou des animaux familiers. Tiens, celle-là ressemble à un oiseau, cette autre à un char à bœuf, celle-ci à un lion… D’un peuple à l’autre, compte tenu des différences culturelles et géographiques, l’interprétation visuelle d’une même constellation pouvait considérablement varier : notre Grande Ourse n’était qu’une mouffette (petit mammifère à l’odeur infecte) chez les Sioux, une Jambe de Bœuf pour les Égyptiens, un Chariot à Babylone, etc. Vue sous cet angle, l’invention des constellations aurait été un acte aussi gratuit qu’universel.
Selon des auteurs qui se sont penchés sur la question , elle a au contraire été motivée par des considérations pratiques bien plus qu’esthétiques (du moins en Mésopotamie, en Égypte et en Grèce). La prospérité des civilisations agricoles et des puissances maritimes de l’antique pourtour méditerranéen était étroitement liée au cycle des saisons. Semailles et récoltes ne pouvaient avoir lieu qu’à des moments précis de l’année, que les paysans devaient repérer et anticiper sous peine de tout perdre. De même, les navigateurs ne pouvaient se permettre de lancer leurs navires rudimentaires à l’assaut des mers qu’à certaines périodes, celles où soufflent les vents favorables et où Poséidon est d’assez bonne humeur. À l’époque, des siècles avant notre ère, il n’y avait qu’un seul moyen fiable pour se repérer dans la succession des saisons : le ciel. En effet, son aspect varie tout au long de l’année et les constellations font d’excellents marqueurs saisonniers. Orion, par exemple, est omniprésent dans le ciel de janvier. En avril, c’est le Lion qui trône dans le firmament. Au mois d’août, le Cygne, la Lyre et l’Aigle prennent la relève. Le moment où avait lieu le lever héliaque, c’est-à-dire l’apparition dans le ciel, peu avant l’aube, d’une étoile ou d’une constellation, ainsi que celui de son coucher vespéral, c’est-à-dire celui où elle disparaît juste après le Soleil, étaient autant de jalons dans le temps, des signaux qui indiquaient que la période était propice à telle ou telle activité. Grecs et Romains se sont concocté des sortes d’almanachs, appelés prolégomènes, qui, à des configurations célestes particulières, faisaient correspondre une activité agricole ou marine précise. Le poème d’Hésiode, Les travaux et les jours (VIIIe siècle av. J.-C.), en est un parfait exemple : “Au lever des Pléiades, filles d’Atlas, commencez la moisson, les semailles à leur coucher […] Et quand Orion et Sirius auront atteint le milieu du ciel, et qu’Aurore aux doigts de rose pourra voir Arcturus, alors Persés, cueille et rapporte chez toi toutes tes grappes […] Est-ce la navigation périlleuse dont le désir te possède ? Souviens-toi alors que, quand les Pléiades, fuyant devant la force puissante d’Orion, tombent dans la mer embrumée, c’est le moment où bouillonnent les souffles de tous vents. C’est donc le moment aussi, souviens-t-en, de ne plus diriger de vaisseau sur la mer vineuse, mais de travailler la terre.” Plus le nombre de constellations repérées et bien identifiées était grand, et plus précis était le repérage dans le temps.
Les hommes se sont mis à croire à ce qu’ils avaient inventé et se sont demandé ce que pouvaient bien faire dans le ciel un Lion, un cheval, une Chèvre, un agenouillé (devenu Hercule) ou un Aigle. Ils ont trouvé l’explication dans leur fertile imagination et se sont forgé les fabliaux et les historiettes ad hoc. Il existe, dans toutes les cultures et chez tous les peuples, une multitude d’astro-mythes directement inspirés du ciel et destinés, par exemple, à expliquer la présence de taches sur la Lune, la course du Soleil, l’existence de la Voie lactée, la présence permanente de la Grande Ourse dans le firmament… certains ont été intégrés à des fresques mythologiques beaucoup plus vastes, tandis que d’autres sont restés dans le domaine du folklore.
Les Grecs, comme les Mésopotamiens avant eux, ont plutôt procédé par assimilation. Au fur et à mesure que les poètes popularisaient les faits et gestes de Zeus et de sa remuante tribu, ils ont cherché dans leur divine saga les éléments correspondant aux constellations déjà existantes. À la figure identifiée comme étant celle d’un chasseur quelconque, par exemple, a été associée celle du plus grand chasseur de la mythologie grecque, Orion. Le Cygne est devenu celui qui a séduit Léda, et l’Ourse s’est chargée de signification en endossant la personnalité de la nymphe Callisto. Et ainsi de suite. Pour donner une cohérence à l’ensemble, les poètes et les mythographes ont brodé un peu. Ils ont ajouté quelques lignes à la geste des olympiens expliquant, par exemple, pourquoi l’Ourse ne se couche jamais — à cause de Téthys (la mer), nourrice d’Héra, qui refuse de recevoir la maîtresse de Zeus, Callisto — ou encore l’origine de la Voie lactée (les gouttes de lait échappées lorsque Héra, apprenant que l’enfant qu’elle allaitait, Hercule, n’était qu’un bâtard de Zeus, lui retire le sein de la bouche). Cette alliance entre le mythe et le ciel semble avoir été scellée entre le IVe et IIIe siècle avant notre ère...
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Re: mythologie : jupiter

Message par colombe le Mar 8 Déc 2009 - 21:46

Je n'étais pas venue pour lire à l'origine (j'avais une autre quête en tête Wink ) mais j'ai été charmée et j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce texte Smile

Juste une question : pourquoi le titre romain alors que le reste est plutôt grec ?
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Re: mythologie : jupiter

Message par Maldoror le Mar 22 Déc 2009 - 0:46

Parce qu'à l'époque, je suis partie de l'astronomie pour aller vers les mythes, donc de Jupiter pour aller vers ce contenu Wink
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